mardi, décembre 15, 2009

un petit malheur

A un croisement de routes dans la campagne brésilienne, il y a deux ou trois maisons et un bar dans lequel les vachers viennent boire le café. Tout ce qu'il y a d'êtres humains aux alentours s'y agglutinent. Trouvant absurde de me joindre à cette coutume, je préfère explorer ce coin de civilisation reculée.

Juste à côté, l'Etat a fait construire des sanitaires et un château d'eau pour alimenter en eau potable les trois baraques de ce croisement.
Après une inauguration flamboyante, la construction est tombée en ruine, parce que le château d'eau fonctionne avec une pompe à essence que personne n'a pu approvisionner, faute de blé. 
Dans ces ruines vivent désormais un porc et cette ruche d'abeilles.




Je suis resté là, pantois à la regarder, comme un enfant regarde décoller les avions. Je suis très bon public pour tout ce qui est ruches ou fourmilières. D'autant plus qu'il est tôt le matin, que je n'ai pas mangé et que la vision de cette ruche me donne envie de sentir lentement couler du miel le long de mon gosier.

Un vacher me tape sur l'épaule et me demande ce que je regarde. 
La ruche. 
Comme s'il avait lu dans mes pensées, il me dit qu'on ne peut pas manger le miel de la ruche. Ma nuque frémit.

- Pourquoi...

- Parce que ces abeilles construisent leur ruche avec de la merde de vache. 
- Ah. Des bouses. 
- Oui... Le miel est contaminé. 

Le vacher me propose plutôt d'aller boire un café au bar.

En partant, je m'extasie devant les éperons des bottes du vacher et lui explique que je n'en ai jamais vu de si beaux. Je n'en n'ai jamais vu du tout. C'est alors que je trébuche sur le porc qui dort en travers du passage, tombe dans la fange et souille mon pantalon beige.



















Au bar, le café avait un goût amer. 

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