lundi, mars 15, 2010

teknival

C'est assez fatigué qu'après des années je remets les pieds à la Parfumerie, endroit dans lequel je rentrais autrefois par le toit. Depuis, ils ont enlevé l'échelle qui traînait, alors je fais la queue.

Au milieu d'une foule un peu lâche, je passe le temps en regardant des bidons brûler au milieu d'un petit groupe de jeunes qui me semble complètement mastoul, comme on dit en Israël. Rien à voir avec les soirées all styles d'antan, ce soir un air de gros bordel traîne dans l'air. 

Dans la queue, un jeune homme à béret blanc discute avec une jeune fille au nez aquilin et au regard convaincu, mais jolie. Pendant vingt minutes de queue ce jeune homme a lessivé mes oreilles qui n'avaient d'autre choix que de traîner là. 
Le mec - Moi tu vois je sais me défendre, c'est une histoire de confiance en soi, faut pas me faire chier. Le mec y vient, je le calcule, tu vois, t'es attentif à comment y bouge et tu lui mets un bon coup de boule. Après tu vois si y sont trois c'est différent. 
La meuf - C'est clair. 
Le mec - Mais tu vois toi tu crois que j'ai fait des arts martiaux ou des trucs comme ça, mais en fait c'est au rugby que j'ai appris. J'étais demi de mêlée. Deux fois mon nez pété, onze côtes cassées, neuf points de suture dans la bouche. Quart de finale du championnat de France. 
La meuf - Ah ouais?
Le mec - Ouais. 
Le videur me laisse passer. Un homme fouille mon sac à dos rempli de serviettes trempées (du sauna). Il me regarde d'un air las que je soutiens d'un regard pressant.

A l'intérieur, mon corps se compresse avec celui des autres, j'aime plutôt ça et me dirige vers le vestiaire. En chemin, je croise une amie qui me prend dans ses bras de manière champêtre puis s'éloigne. Je croise un autre ami qui, d'une main sur mon épaule, me propose d'aller me chercher un verre. Enfin, une dernière amie me rejoint pour me dire que mon dernier film lui avait fait ressentir des sensations étranges. La soirée ne pouvait pas mieux commencer.

Je me penche par-dessus la table du vestiaire pour demander à une demoiselle au regard sinueux si je peux lui laisser mon sac. Elle ne me répond pas. Je réitère ma question. Elle me répond que oui. Elle s'est fait maquiller les yeux en forme de soleils turquoises et bordeaux. Je jette un coup d'œil pour voir s'il me reste une  possibilité de donner mon sac à un collègue de la jeune fille, mais tout le monde semble occupé. La mort dans l'âme, je lui tends mon sac. Elle le prend et part au fond du vestiaire. 
J'attends. 
Elle revient vers moi, deux petits tickets blancs imprimés du même numéro à la main. Elle me tend un des deux. Je lui demande si elle peut placer le deuxième exemplaire sur mon sac, pour qu'on puisse l'identifier plus tard. Elle murmure un ah ouais merde et repart au fond du vestiaire. 
J'attends. 
J'ai chaud et décide d'enlever ma veste. 
Elle revient. 
Un cintre posé sur la table du vestiaire nous sépare. 
Je lui tends ma veste. Elle me répond qu'il n'y a plus de place pour les vestes. 
Je lui demande s'il est possible d'utiliser ce cintre. Elle me dit que oui. Je prends le cintre et met ma veste dessus, je la lui tends, elle me donne un nouveau ticket en retour. Elle accroche ma veste non loin de là et au lieu de placer le ticket jumeau du mien sur le cintre, elle le met dans le capuchon de ma veste. Comme ça on ne le voit plus. Je crois qu'à cet instant j'ai commencé à la trouver chouette. 
Alors que je m'apprête à lui dire merci, deux amis très drôles arrivent derrière moi. Je fais un signe d'adieu à la demoiselle du vestiaire qui me regarde comme si j'étais l'homme invisible. 

Nous glissons à travers la foule. La soirée me fait penser à un teknival, la musique aussi, la demoiselle aussi. Tout, en fait.

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